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Embodied Landscape

GALERIE KARSTEN GREVE PARIS CÔTÉ RUE

"Gideon Rubin, Georgia Russell, Sergio Vega, Lawrence Carroll, Ma Jun and Thomas Brummett"
26 janvier - 27 février, 2019
 
Comment incarner la puissance de la nature, son énergie physique ? Comment décrire les liens du corps avec le paysage ? Comment représenter les sensations que l’homme éprouve face aux mystères de l’univers ? Ce sont les questions abordées par les six artistes présentés dans cette exposition. A travers la photographie, le dessin, la sculpture et la peinture, les artistes donnent corps aux mouvements de l’eau, à la mélancolie des vagues en hiver, à la grandeur des arbres millénaires de la forêt, au chaos organisé des constellations, aux énergies animales qui bouillonnent dans le corps humain.

Lawrence Carroll (Melbourne, Australie, 1954)
Les œuvres de Lawrence Carroll sont moins des toiles au sens bidimensionnel traditionnel du terme, que des objets peints. En insérant des éléments hétérogènes sur la surface de ses tableaux, Carroll fait de ses peintures de véritables constructions picturales. La surface de ces œuvres, ainsi formée de couches et d’incrustations, semble alors plus proche de l’architecture de formes bricolées, ou “raccommodées”, comme lui-même aime le dire. Pendant plus d’une décennie Lawrence Carroll a dessiné l’eau les yeux fermés. Cet exercice lui a permis d’intérioriser son geste pour que le dessin ne soit plus issu du regard, mais qu’il soit un paysage de la mémoire. Les Black Mirror Paintings sont le fruit de ce travail d’abstraction, où ce qui reste est l’essentiel : le geste, la ligne et la couleur. La peinture noire est incisée par un scalpel, le signe est incertain mais en même temps irrévocable. Le mouvement aquatique est traduit par la main du peintre dans une expérience de vie où tout est en transformation et fragile. Le cadre lui aussi est brisé, et il n’arrive plus à délimiter la surface de l’œuvre. Il est le résultat d’une destruction qui se fait créatrice, comme souvent dans les œuvres de Lawrence Carroll. Comme des êtres vivants, les œuvres portent sur elles les cicatrices de leur survie.

Sergio Vega (Buenos Aires, Argentine, 1959)
Souvent marqués par des problématiques sociales et politiques, où parfois l’ironie joue un rôle de contrepoint, les projets du photographe argentin Sergio Vega découlent d’une réflexion à la fois intellectuelle et formelle. Trouvant souvent sa source d’inspiration dans la littérature, Vega maîtrise les techniques photographiques originelles et modernes aussi bien que la vidéo.
Séduit par la thèse formulée en 1650 par l’historien espagnol Antonio de Léon Pinelo selon laquelle le jardin d’Éden se trouverait en Amérique du Sud, Sergio Vega travaille depuis 1995 à un vaste projet intitulé El Paraíso en el Nuevo Mundo. Ses recherches le conduisent ainsi au Mato Grosso au Brésil, où il se rend pour examiner et réinterpréter cette théorie au moyen de différents médias. Dans l’exposition est montrée une sélection issue de la série Inside the Forest, dans laquelle l’artiste cherche à témoigner de l’ambiguïté de cet environnement où la nature est saisissante mais dangereuse, où l’être humain se retrouve submergé par la puissance d’une végétation qui s’étend à perte de vue, obsédé par la peur de se perdre. Dans ces œuvres, la densité végétale ressort du noir profond des impressions de Vega, illuminée par des rayons de soleil, tout en donnant aux photographies une grande qualité tridimensionnelle.

Thomas Brummett (Colorado, États-Unis, 1955)
Inspiré par les déserts arides et les montagnes escarpées du Colorado, le photographe américain Thomas Brummett recherche l’essence du monde naturel. Après avoir étudié la céramique et la photographie, il s’intéresse aux traditions monastiques orientales, telles que le taoïsme et le bouddhisme, qui ouvrent la voie à une intense observation du monde ainsi qu’à une exploration cosmique. Ce rapprochement de pratiques méditatives et de techniques photographiques presque scientifiques constitue le fil rouge de son travail résumé dans le projet Rethinking the Natural, composé par plusieurs séries dont Mille Solis, ici montrée pour la première fois. Cette série cherche à comprendre le fonctionnement de la lumière et du cosmos, les mouvements des étoiles et de l’univers tout en jouant sur la superposition d’images de la nature, du cosmos ainsi que de la lumière, donnant à ses photographies une profondeur extraordinaire.

Ma Jun (Qingdao, Chine, 1974)
Influencé par les retombées culturelles et économiques de l’ouverture de la Chine au marché global, Ma Jun présente la série Nouvelle Chine (commencée en 2005), une hybridation entre des motifs traditionnels chinois et des objets caractéristiques du capitalisme. C’est ainsi que des radios, des téléviseurs, des magnétophones ou des bouteilles de Coca-Cola en porcelaine sont décorés avec des motifs de la tradition picturale chinoise, tels que nuages, papillons, fleurs, oiseaux ou encore forêts. Ma Jun reprend ainsi le style et les sujets qui ont influencé la céramique européenne à partir du XVIIIe siècle – qui ont créés ce que l’on appelle encore aujourd’hui les « chinoiseries » –  en utilisant la technique céramique du Jindezhen, du nom du centre principal de la porcelaine chinoise depuis le XIV siècle. Ma Jun joue alors sur le contraste entre la grande qualité de l’artisanat traditionnel de la dynastie Qing et les formes et les objets symboliques de la production sérielle dans le contexte du capitalisme globalisé. Les sculptures dans l’exposition utilisent tout particulièrement les motifs de la tradition chinoise le plus liés à la représentation de la beauté de la nature, créant donc un très fort contraste avec la destruction environnementale produite par la production de masse.

Georgia Russell (Elgin, Écosse, 1974)
Le doigté avec lequel Georgia Russell entaille ses toiles est proche de la précision chirurgicale : dans ses mains, le scalpel devient un outil artistique à part entière. Avec des gestes délicats, l’artiste dessine la matière et crée des failles qui reconditionnent l’espace tridimensionnel sacré du cadre, qui devient à la fois tableau et sculpture. Le chaos organisé qui s’échappe de ces mouvements en volute provoque alors un tourbillon d’ouvertures et de vibrations qui révèlent des paysages poétiques, orchestrés par une linguistique des couleurs parfaitement maîtrisée. Georgia Russell éclaire ainsi son dialogue quotidien avec la nature, que ce soit le changement de couleurs de la mer, la modulation des ombres ou encore le mouvement des arbres. La déstructuration de la toile par les lacérations incite le spectateur à s’emparer de l’œuvre en se déplaçant autour d’elle afin de générer sans cesse de nouvelles perceptions. Cette mise en perspective redéfinit alors le tableau comme une fenêtre ouverte sur le monde.

Gideon Rubin (Tel Aviv, Israël, 1973)
Les inspirations de Gideon Rubin pour ses portraits sans visages sont multiples : photographies de familles trouvées dans de vieux albums, photographies de célébrités vues dans les magazines et même chefs d’œuvre de l’Histoire de l’Art. En travaillant cette matière première, l’artiste tend à développer une narration sujette à interprétation. En effet, les personnages peints par Rubin n’ont pas pour objectif de représenter des identités spécifiques mais sont pensés pour interpeller les souvenirs du spectateur. Celui-ci doit, selon les souhaits de l’artiste, se concentrer sur le processus de peinture, sur le médium et sur les détails tels que la posture ou la tenue du modèle. Gideon Rubin aime travailler sur toile de coton ou de lin brut, en laissant souvent des parties vierges apparaître, la toile devenant ainsi partie intégrante du tableau. Il travaille également sur carton où ses compositions intègrent alors des lettres et des motifs imprimés. Les subtiles couleurs utilisées, associées à la superposition de couches de peinture mettent alors en lumière sa volonté de faire revivre les vies oubliées de ces personnages. A l’occasion de cette exposition nous avons choisi les œuvres qui expriment le plus dans le geste pictural l’énergie de la nature, tant dans la puissance des paysages marins, que dans les frémissements des corps semi-nus.
 
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