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Raúl Illarramendi: Intrusion

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Vue d'installation, Raúl Illarramendi, Instrusion, Galerie Karsten Greve, Paris, 2022
28.05.22 - 06.08.22

Galerie Karsten Greve Paris

De mardi à samedi, de 10h à 19h

Vernissage

le samedi, 28 mai 2022, de 17h à 20h

L'artiste est présent.

« Je me suis intéressé tout d’abord à la facture picturale de ces taches, une présence que je trouve sans cesse dans mes balades. Ensuite c’est l’intention qui m’intéresse. Je suis attiré par le rapport entre la première surface, ce crépi onctueux, vierge, qui leurre sans effort le premier geste, et ce nouvel espace dessiné dans l'atelier, ma propre action. » - Raúl Illarramendi

La Galerie Karsten Greve a le plaisir de présenter « Intrusion », la nouvelle exposition personnelle de l’artiste vénézuélien Raúl Illarramendi, sa quatrième dans notre espace parisien. L’artiste y dévoile un ensemble inédit des œuvres photographiques  à l’origine de son travail, aux côtés des nouveaux tableaux de la série « Evidence of Absence » (EA). L’exposition « Intrusion » montre une nouvelle étape dans son travail, une évolution dans la matérialité : depuis le premier confinement au printemps 2020, l’artiste s’est confronté à d’autres matériaux explorant les potentiels de superpositions. Vécue intensément, la nouveauté apparait d’abord comme intrusive, avant de se laisser apprivoiser progressivement.

« L’autrefois rencontre le maintenant dans un éclair. En effet, l’empreinte est-elle perte de l’origine ou contact de l’origine ? ». L’historien de l’art et théoricien Walter Benjamin nous interroge sur le rapport-même à la notion d’origine. L’empreinte – ou bien dans le cas des œuvres de Raúl Illarramendi la reproduction des empreintes – produit une forme et une contre-forme, deux opposés unis par un contact direct physique à un moment donné. La caractéristique physique, celle de la forme initiale, en fait une source infinie de paradoxes et spéculations. « L’empreinte est l’image dialectique », écrit le philosophe Georges Didi-Huberman. Convaincante, elle n’est pourtant pas un sujet fantôme, abordant autant la présence que l’absence du référent et interrogeant le contact ou la perte du contact.

Vue d'installation, Raúl Illarramendi, Intrusion, Galerie Karsten Greve, Paris, 2022
Vue d'installation, Raúl Illarramendi, Intrusion, Galerie Karsten Greve, Paris, 2022

Raúl Illarramendi regarde l’invisible. C’est dans les rues que l’artiste trouve ses sujets, observant les traces intentionnelles ou accidentelles laissées après le passage des inconnus. Aussi éphémères soient-elles, elles deviennent des vestiges de la civilisation actuelle. Sur ses tableaux s’accumulent des camaïeux de couleurs imitant ces vestiges industriels, sorte d’art pariétal contemporain. Parfois, un mot, une empreinte de main, ou un symbole de culture populaire semblent prendre le dessus quelque part entre le figuratif et l’abstrait, disparaissant néanmoins dans un brouillard du passé.

Ses sujets, Raúl les trouve également dans les traces laissées par le processus d’aménagement urbain, qui fait la part belle aux larges surfaces de bétons. La manipulation de leur surface, mais aussi les intempéries et l’usure du temps qui passe laissent des traces et altèrent les couleurs.  L'artiste se retrouve alors confronté à cette nouvelle dialectique qui devient peu à peu porteuse de sens et d'informations visuelles. Raúl Illarramendi se positionne comme héritier de ces changements, dans cet entre-deux où l’abstraction s’impose depuis l’extérieur dans l’intimité de son atelier.

L’empreinte documentée par Illarramendi garde la mémoire de celui qui l’a laissée et devient une effigie de leur passage.
Photographiées, les surfaces trouvées et cataloguées sont tirées de leur contexte, et le cadrage empêche de s’accrocher à un lieu précis. Dans ses toiles, l’artiste fait un portrait de ces traces, superpositions et craquelures, le portrait de quelque chose prédestiné à la disparition. De cette manière, il rend pérennes les marques, seuls témoins d’un référent disparu. Le hasard y est maître, car impossible de prévoir ni la naissance, ni la durée, ni la disparition de ces repères. En observant les traces anonymes laissées sur les parois des villes ressort le témoignage de la présence des habitants, de l’appropriation du lieu. Raúl Illarramendi s’apprivoise ces messages à travers l’accumulation des clichés spontanés qu’il superpose pour créer une multitude de strates. En observant les murs et les espaces publics, l’artiste documente la vie des habitants, leur familiarité avec ces lieux, leur manière d’« yavoir été ».

En s’appuyant sur ce large corpus photographique documentaire exposé ici pour la première fois, Illarramendi fait un prélèvement de la réalité et en propose une interprétation personnelle. Les photographies titrées «EA Source » exposent à la vue de tous des traces, empreintes, coulures qui sont à la genèse de ses œuvres. Le mot « Source », comme la genèse, fait son entrée dans le titre des œuvres, venant épauler « EA » (« Evidence of Absence »), le titre universel de cette série d’œuvres de l’artiste qui fait référence au langage et à la communication. « Evidence of absence is not the absence of evidence», appuie Illarramendi, en faisant référence à la nature de son sujet, souvent vu comme une pollution visuelle.

« Je représente des marques et des traces laissées par une activité spontanée, mais les marques et les traces que j'utilise pour les créer disparaissent dans l'acte », affirme l’artiste.

Le tableau EA n°267, comme toutes les œuvres exposées, est née de la réappropriation de ces accidents spontanés. En invitant la couleur et la matière, les « tâches » éclosent dans des pétillements colorés qui imitent les coulures accidentelles ou les écritures sur les parois urbaines. Le résultat est une dichotomie entre abstraction et figuration, une image presqu’amorphe prête à se plier à l’imaginaire de son regardeur. « Je suis intéressé par le développement d'une représentation cohérente et factuelle d'un sujet qui n'en est pas vraiment un et où le dessin n'est pas vraiment un dessin mais plutôt quelque chose de plus proche de la peinture, à la fois mécaniquement et conceptuellement », explique l’artiste. Ce “non-sujet” est à la lisière entre la figuration (puisqu’il montre des choses qui ont existé) et l’abstraction (les sujets ne le sont pas vraiment, au final). Dans ses nouvelles toiles, Illarramendi laisse une impression sur la toile, celle de plaques martyre enduites d’encre à l’huile, qui permettent à l’artiste une nouvelle exploration du geste, de la matière et de la technique.

Dans son travail, Raúl Illarramendi différencie le dessin et la peinture. Le dessin apparaît comme factuel, direct, précis. La peinture, elle, est trompeuse, séduisante. Sa nature fluide s’oppose à la sécheresse du crayon, que l’artiste manie avec une maîtrise qui lui permet de le masquer, dissimuler et imiter une substance fluide. Pourtant, la foi de l’artiste dans le dessin lui permet d’imiter ces traces à travers sa maîtrise du médium, qui nous fait oublier son geste et la trace du crayon : « Le dessin est oublié de deux manières : d'une part, par l'utilisation d'une technique polie, laissant peu de traces mécaniques du crayon, et d'autre part, par l'image produite, représentant l'esthétique et l'expérience sensorielle d'un médium complètement différent. » L’artiste questionne : « à quel moment l’accident (comme les coulures de la peinture) sont entrées définitivement dans l’atelier de l’artiste sans en être chassées ? » Comment l’accident a-t-il fini par être absorbé dans l’atelier ? En réintroduisant la peinture, l’artiste retrouve une liberté du geste, qui doit apprendre à faire avec cette nouvelle intrusion matérielle, dans l’atelier et sur la surface des tableaux.

 

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