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Louis Soutter: Peinture au doigt 1937 - 1942

Louis Soutter, Statures d'Olympe, 1937-42, encre sur papier 49.5 x 64.5 (détail). Photo: Serge Hasenböhler, Basel
Louis Soutter, Statures d'Olympe, 1937-42, encre sur papier 49.5 x 64.5 (détail). Photo: Serge Hasenböhler, Basel
14.11.26 - 30.01.27

Paris, France

Mardi - Samedi, 10 - 19 h

Vernissage 
le samedi 14 novembre de 17h à 20h

L’exposition est accompagnée d’un catalogue avec des textes de Julie Borgeaud et Peter Sloterdijk.

La Galerie Karsten Greve Paris est heureuse de présenter une nouvelle exposition consacrée à Louis Soutter et à sa peinture au doigt. Entre 1937 et 1942, au cours des cinq dernières années de sa vie, l’artiste suisse développe un langage plastique d’une intensité remarquable, explorant une approche instinctive où le geste et la figure humaine occupent une place centrale. Ses doigts, plongés dans l’encre, font surgir directement sur le papier des silhouettes énigmatiques d’une grande expressivité.

Né à Morges, en Suisse, en 1871, Soutter est un homme instruit, formé aux arts plastiques, à l’architecture et à la musique. Il étudie notamment le violon auprès d’Eugène Ysaÿe à Bruxelles, avant de partir aux États-Unis. Installé au Colorado avec son épouse américaine, il enseigne le dessin et dirige le département des beaux-arts du Colorado College. Après son divorce en 1903, il revient en Suisse et traverse une longue période de difficultés personnelles et matérielles, marquée par l’isolement et une santé déclinante. En 1923, à l’âge 52 ans, sa famille le fait placer à l’hospice de Ballaigues. Il y continuera de créer jusqu’à sa mort, en 1942.

Cette existence recluse coïncide avec une production artistique considérable. Soutter dessine, expérimente et transforme continuellement son langage. À partir de 1937, il adopte une nouvelle technique : il applique directement la matière sur le papier avec ses doigts. Le contact immédiat avec le support redéfinit son rapport au dessin et donne naissance à des formes d’une grande liberté. Surgissent alors des silhouettes allongées, faites de lignes nerveuses, qui se déploient dans des espaces où le noir et le blanc entretiennent un dialogue soutenu, parfois ponctué de touches de couleurs vives. Une forte vitalité émane de ces personnages : certains semblent danser, d’autres se rassembler ou se mouvoir selon une dynamique qui leur est propre. La spontanéité apparente du geste s’accompagne d’une grande maîtrise du rythme et de la composition.

L’imaginaire de Soutter est nourri de références culturelles et symboliques. La musique, les récits bibliques, la mythologie et les figures rituelles traversent son oeuvre, affleurant parfois dans les titres comme dans les compositions. Les personnages du Jésu, d’Abel ou des Prêtresses, druides semblent ainsi osciller entre des formes originelles et des représentations héritées de récits fondateurs. Loin de se limiter à une illustration de ces références, Soutter les réinterprète librement.

Louis Soutter occupe une place à part dans l’histoire de l’art moderne. Echappant à toute catégorisation définitive, il a profondément marqué des artistes comme Jean Dubuffet et contribué à la réflexion autour de l’Art Brut. Ses oeuvres, troublantes, témoignent d’une personnalité créatrice exceptionnelle, et de la radicalité d’une recherche artistique qui conserve aujourd’hui toute sa force d’évocation.


Louis Soutter (1871-1942) bénéficie, de son vivant, du soutien de plusieurs personnalités qui contribuent à faire connaître son travail, parmi lesquelles Jean Giono, les frères Vallotton, qui présentent ses oeuvres dans leur galerie Lausanne, et son cousin, l’architecte Le Corbusier, qui lui consacre un article dans la revue Minotaure en 1936. En 1961 le Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne présente sa première rétrospective, puis la Fondation Le Corbusier exhume une partie importante de ses dessins. La Galerie Karsten Greve participa à la reconnaissance de Louis Soutter en Europe et dans le monde, grâce à une grande exposition en 1998 à Cologne, puis dans la même ville en 2021, à St. Moritz en 2011 et 2026 et à Paris et 2020 et 2024. Les oeuvres de Soutter sont présentées dans de nombreuses expositions internationales et font partie de grandes collections privées comme publiques dont celles du Kunstmuseum de Bâle, de la Kunsthaus de Zürich, du Centre Georges Pompidou à Paris ou encore du Museum of Modern Art à New York.

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