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Lovis Corinth:

Lovis Corinth, Herbstblumen in Vase, 1923, huile sur toile (détail)
Lovis Corinth, Herbstblumen in Vase, 1923, huile sur toile (détail)
29.01.22 - 21.05.22

Galerie Karsten Greve Paris

De mardi à samedi, de 10h à 19h

Vernissage

le samedi, 29 janvier 2022, de 17h à 20h

L'exposition est accompagnée d'un catalogue.

LOVIS CORINTH - Galerie Karsten Greve Paris - 2022. © Nicolas Brasseur

Vue d'installation, Lovis Corinth, Galerie Karsten Greve Paris, 2022. Photo: Nicolas Brasseur

La Galerie Karsten Greve a l’honneur de présenter sa première exposition consacrée au peintre allemand Lovis Corinth (1858-1925), montré pour la première fois dans une galerie en France. Les œuvres exposées mettent en lumière sa période tardive à travers un ensemble de onze pièces – une œuvre sur papier de 1918, un autoportrait de 1922 et neuf natures mortes florales réalisées entre 1915 et 1925. Issues de la Collection Greve, elles invitent à la redécouverte de cet artiste visionnaire, acclamé de son vivant mais dont l’héritage fut éclipsé par les troubles socio-politiques du XXème siècle.


À son retour en Allemagne, Lovis Corinth s’éloigne de l’académisme et devient l’un des membres fondateurs de la Sécession munichoise en 1892, qu’il quitte après un an seulement. En 1901, il s’installe à Berlin et rejoint la Sécession berlinoise où il est élu président en 1915. Il y rencontre Paul Cassirer, marchand d’art influent d’origine juive, qui est le premier à l’exposer dans sa galerie, et l’introduit à une nouvelle élite en quête d’un art plus contemporain. Grâce à Cassirer, Corinth côtoie de près les œuvres de Paul Cézanne et Vincent Van Gogh. Il admire ces deux génies solitaires partis des centres d’art conventionnels, des règles contraignantes et des attentes pesantes de la société pour retrouver la liberté enivrante du geste et de la couleur. En 1913 a lieu la plus grande exposition du vivant de Corinth, organisée par Cassirer, avec un ensemble de presque deux cent trente œuvres. À l’occasion de ses 60 ans en 1918, Lovis Corinth est salué comme un génie par la presse germanique, le « Maître de l’impressionnisme allemand ». Ses paysages et natures mortes reçoivent un accueil critique plus qu’enthousiaste. Treize de ses toiles sont sélectionnées pour représenter l’Allemagne à la Biennale de Venise en 1922, aux côtés de Max Liebermann, Max Slevogt et Oskar Kokoschka. La virtuosité du geste, les cadrages audacieux et la touche vigoureuse chéris par Corinth se reflètent dans les œuvres de ses contemporains, comme dans celles d’Edvard Munch, puis trente ans plus tard dans la peinture de l’École de New-York et des expressionnistes abstraits.

L’ensemble de ces onze œuvres exceptionnelles présentées par la Galerie Karsten Greve met en exergue la complexité de son travail, entre poésie et drame social. Ritterrüstung und Schwert, une œuvre sur papier de 1918, témoigne de la désolation de l’artiste face aux bouleversements politiques, à la chute de l’empire, qui se lit dans l’armure de chevalier brisée, jadis une figure glorieuse dans l’univers de l’artiste. Les neuf natures mortes quant à elles mettent en avant l’évolution de ses recherches plastiques. Chrysanthemen im Krug, de1918, représente une frénésie florale qui fait écho aux chrysanthèmes peints par Gustave Caillebotte ou aux représentations du jardin de Giverny qui envoûtait tant Claude Monet. À partir de 1919, l’idée, l’invention et la dissolution formelle ne forment souvent plus qu’un, et entrainent une dématérialisation du sujet. Pour celui qui regarde, l’expérience de ces natures mortes n’est pas seulement visuelle. La texture du tableau vibre avec un sentiment d’énergie électrisante et semble prendre vie. Corinth parvient à suggérer le précieux parfum des lilas, des roses ou des anémones, il peint l’aura des choses. Dans la composition Amaryllis, Flieder und Anemonen, de1920, les fleurs débordent du cadre pour entraîner le spectateur dans l’espace du tableau. En brouillant la limite entre figuration et abstraction, la forme devient secondaire – tantôt suggérée, tantôt nette – comme dans Flieder im Kelchglas,de 1923, où le sujet et le fond se marient dans un camaïeu de bleus. Admiratif des maîtres hollandais, notamment de Rembrandt et Frans Hals, Corinth associe la tradition picturale avec sa propre modernité. Il oscille entre la représentation réaliste et l’émotion brute issue de sa perception du monde. En 1920, il écrit dans son manuel d’enseignement : « Les fleurs, objets les plus idoines à figurer dans une nature morte, sont délicates et subtiles par les formes de leurs fleurs et de leurs feuilles ». En peignant cette diversité florale, Corinth apprivoise un motif qui se décline à l’infini et ne cesse de le défier.

« Les fleurs, objets les plus idoines à figurer dans une nature morte, sont délicates et subtiles par les formes de leurs fleurs et de leurs feuilles. »

Lovis Corinth

Vue d'installation, Lovis Corinth, Galerie Karsten Greve Paris, 2022. Photo: Nicolas Brasseur
Vue d'installation, Lovis Corinth, Galerie Karsten Greve Paris, 2022. Photo: Nicolas Brasseur

Les peintures réalisées entre 1923 et 1925 marquent l’apogée de cet expressionnisme bouillonnant. Dans l’huile sur bois Blumen im Bronzekübel, de 1923, Lovis Corinth fait l’éloge du geste qui transfigure peu à peu la réalité pour mettre en avant ses émotions. Il s’agit d’une peinture libre qui exalte le plaisir palpable de l’acte de peindre et démontre une grande sensualité dans le processus créatif. « Portrait en buste, sombre sur un ciel lumineux. En arrière-plan, des feuilles et un pan du lac visible. Peint à Urfeld am Walchensee sur la terrasse de notre maison de campagne », c’est ainsi que son épouse Charlotte Berend-Corinth décrit l’autoportrait de 1922, l’un des seuls actuellement en collection privée. Lovis Corinth se peint au moins une fois par an à partir de 1900, fasciné par le passage du temps. Ici, il joue sur la suggestion formelle du lac, reconnaissable par des couleurs fraîches propres à la région, qui font ressortir les bruns et les beiges chauds qu’il choisit pour se représenter. La couleur seule fait la distinction entre le paysage et la figure à travers un ballet osé de coups de pinceau. Le 31 mars 1925, Corinth note dans son journal : « L’art véritable c’est pratiquer l’irréel. Le pompon ! ». Ce n’est plus la mimésis qui importe alors, mais un équivalent plastique brut et sensuel, à l’unisson avec l’expressionnisme qui reflète les états d’âme.

L’aura de Corinth perdure jusqu’au début des années 1930 et la montée de l’idéologie nazie. En juillet 1937, des œuvres de Lovis Corinth font partie de l’exposition munichoise Entartete Kunst (Art dégénéré), aux côtés des œuvres de Picasso, Kokoschka, Munch, Chagall, Nolde et de nombreux autres artistes. En cause sont ses peintures tardives et cette touche mouvementée qui fait sa renommée. Ces œuvres en particulier sont qualifiées de négligées, malades, « dégénérées ». Marié à une juive et soutenu par de grands collectionneurs juifs, Corinth devient un artiste non grata aux yeux du IIIème Reich.

La même année, le 25 avril 1937, l’américain Edward Alden Jewell écrit un article élogieux dans TheNew York Times sur l’exposition de Lovis Corinth à la Westermann Gallery à New York : « Ce fut une expérience inoubliable. […] Le trait infiniment subtil et pourtant sauvage de ses peintures est à couper le souffle. Elles tourbillonnent, esquivent, défient le spectateur et finalement le récompensent par un sens de l’essentiel rendu tangible », préservant ainsi l’éclat ingénieux de l’artiste hors de l’Europe.

En dévoilant cette exposition dans la capitale française, la Galerie Karsten Greve honore cet artiste et son héritage, qui renaîtra quelques décennies plus tard dans les œuvres de Willem de Kooning et de Cy Twombly.

Vue d'installation, Lovis Corinth, Galerie Karsten Greve Paris, 2022. Photo: Nicolas Brasseur
Vue d'installation, Lovis Corinth, Galerie Karsten Greve Paris, 2022. Photo: Nicolas Brasseur
Vue d'installation, Lovis Corinth, Galerie Karsten Greve Paris, 2022. Photo: Nicolas Brasseur
Communiqué de presse (francais)

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