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Qiu Shihua: Visible... Invisible

Vue d'installation, Qiu Shihua. Visible... Invisible, Galerie Karsten Greve Paris, 2021. Photo: Nicolas Brasseur
Vue d'installation, Qiu Shihua. Visible... Invisible, Galerie Karsten Greve Paris, 2021. Photo: Nicolas Brasseur
28.08.21 - 09.10.21

Galerie Karsten Greve Paris

Mardi - Samedi, 10h - 19h

Vernissage
le samedi, 28 août, de 17h à 20h

Après le succès des expositions de 2015 et 2018, la Galerie Karsten Greve est heureuse de présenter une nouvelle exposition personnelle du peintre chinois Qiu Shihua dans son espace parisien, avec une sélection d’une quinzaine de toiles inédites réalisées entre 2000 et 2019.

La nature a toujours été au coeur du travail de l’artiste. Jamais titrées, les oeuvres de Qiu Shihua n’ont aucune intention ni strictement représentative, ni proprement figurative - il peint des paysages basés sur des impressions allégoriques du monde. Au premier regard, les toiles paraissent vides – découvrir ou non les paysages éthérés est alors une question d’intuition et de confiance. Les peintures changent en fonction de la lumière et de la distance du spectateur, des détails apparaissent et disparaissent dans un ballet fluide de touches de pinceau. Comme face aux toiles impressionnistes, on n’y voit rien si on regarde de trop près. Lors de son premier voyage en Europe en 1984, Qiu Shihua découvre Claude Monet et ce mouvement pictural où l’impression est clé. « Ce que je ferai ici (…), ce sera l'impression de ce que j'aurai ressenti, moi tout seul », disait Claude Monet, et Qiu Shihua s’approprie ce concept. Il traduit les souvenirs inspirés par les « atmosphères naturelles », à la manière des peintures tardives de William Turner. Qiu Shihua puise son inspiration dans le Shanshui, une tradition picturale apparue au IVème siècle en Chine du Sud. Un peintre Shanshui ne cherche pas une représentation illusionniste ou réaliste, il travaille parfois en n’ayant jamais vu le paysage qu’il peint. L’important est de peindre les sensations que l’idée de la vue procure à l’esprit. Qiu Shihua reste fidèle à cette ancienne tradition picturale de son pays, dont il garde des codes visuels : l’absence de perspective linéaire et le rythme des motifs par des vides pour engager le spectateur dans la contemplation active. Il va plus loin dans ses recherches et se réapproprie le Shanshui à travers une technique occidentale, préférant la peinture à l’huile à l’encre usuelle. Le résultat est unique – ni paysage, ni abstraction totale, mais une fusion entre l’ancestral et le contemporain, l’occidental et l’oriental.

"... la representation et le paysage sont beaucoup au commencement (du processus de la peinture) et à la fin un peu seulement. La representation diminue graduellement, devient plus vague, ou, en d'autres mots, encore plus blanche. Interieurement, l'intention, le sens et l'esprit deviennent plus calmes, immobiles, réservés, ou plus plats, plus fades, et manquant de toutes particularités. Exterieurement, l'esprit intérieur vital et cette ardeur deviennent de plus en plus evidents. Comme s'il y avait une voix ..."

Cette évolution coïncide avec le séjour de l’artiste dans le désert du Gobi à la fin des années 1980, voyage auquel il fait souvent référence. Ce pèlerinage spirituel marque un tournant dans l’approche artistique et dans le mode de vie du peintre, qui se convertit au taoïsme, une ancienne doctrine philosophique fondée par Lao Tse. Dans l’idéologie taoïste, l’homme et la nature sont des éléments complémentaires, comme le Yin Yang. La recherche de la sagesse est dans l’harmonie, qui se trouve lorsque le coeur et l’esprit sont alignés au Tao, la Voie de la nature qui permettrait à l’homme de se libérer des contraintes et à son esprit de « chevaucher les nuages » : quand l’extérieur et l’intérieur ne font plus qu’un.

Qiu Shihua concrétise dans ses toiles le concept taoïste de « l’action par la non-action » – laisser le résultat se produire selon son propre chemin – ou plutôt son inverse : la non-action par l’action. À travers l’action créatrice, il obtient le résultat d’une peinture qui interroge par son apparente absence, il arrive à peindre le vide. Il n’est d’ailleurs pas anodin de remarquer que dans la langue chinoise le mot « blanc » et le mot « vide » (respectivement Baise et Kongbai) ont la même racine (-bai-). La couleur blanche correspond donc à la recherche du vide en tant qu’essence ultime des choses. Pour voir, il est nécessaire de passer au-delà de l’éblouissement par la lumière blanche, aller au-delà d’une vision trop rapide vers une perception absolue.

"Quand je peins, je ne pense pas à la structure ou à un thème; ce que je cherche est une certaine 'atmosphere' - un rythme de l'esprit et de l'énergie, afin que l'âme flâne dans la peinture, comme une ombre de l'esprit. Tout est plat et calme."

Le peintre chinois actualise cette philosophie ancienne à travers ses oeuvres, où il crée un « espace de réflexion » à partir des paysages rêvés, dans une « transposition du sujet incarné en sujet transcendantal, de la réalité du monde en idéalité », pour reprendre les mots du philosophe Maurice Merleau-Ponty. Ses paysages oscillent à la limite de la perception, entre le visible et l’invisible : « c'est comme une couche géologique profonde, une « chose » invisible, qui se trouve quelque part derrière certains corps vivants, et à l'égard de laquelle on suppose qu'il n'est que de trouver le juste point d'observation », avait écrit Merleau-Ponty.

Dans les paysages spectraux de Qiu Shihua, le blanc est maître dans ses variations les plus subtiles. L’historien de l’art Michel Pastoureau écrit que le blanc est la couleur la plus ancienne, celle « qui nous parle de l'essentiel : la vie, la mort, et peut-être aussi […] un peu de notre innocence perdue ». C’est aussi celle qui permet l’équilibre universel - un paysage sans le blanc n’existerait pas. C’est la couleur la plus unie dans la nature, qui se manifeste dans tous les éléments – la couleur de la lumière primordiale, du commencement des temps. « Pour moi, avoir de la couleur ou ne pas en avoir n'est pas un problème. Avec les couleurs, toutes les couleurs se combinent en une seule, ce qui est en quelque sorte la même chose que de ne pas avoir de couleur... », dit Qiu Shihua à propos de sa palette. L’artiste joue avec la surface des toiles en lin brut sur lesquelles il appose des couches successives de peinture qui structurent l’atmosphère nébuleuse des tableaux. Il créé ainsi des transitions discrètes entre les éléments figuratifs nichés dans la matière. Les paysages sont dilués et se révèlent progressivement dans les nuances et les transparences, un peu comme l’esprit gagne en clarté lors d’une méditation. Les nombreuses tonalités de blanc qui recouvrent les touches de couleurs forment ce kaléidoscope multi-chromatique, dans lequel disparaissent les paysages, tels des noèmes, recouverts par un brouillard opaque. Merleau-Ponty écrit que « le sensible, ce ne sont pas seulement les choses, c'est aussi tout ce qui s'y dessine, même en creux, tout ce qui y laisse sa trace, tout ce qui y figure, même à titre d'écart et comme une certaine absence », comme la trace de l’aura des paysages présents dans l’absence.

Dans un dialogue silencieux, Qiu Shihua oblige ainsi son spectateur à se détacher de la pensée habituelle et des « -ismes » du XXème siècle car l’essence de ses grandes peintures se trouve dans la contemplation méditative. Aujourd’hui, Qiu Shihua représente une nouvelle génération, entre la modernisation de l’art chinois traditionnel et l’adaptation de techniques et d’idées de l’art occidental, entre peinture de paysage et abstraction.

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